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Conférences et formations sur le
«Défi 10 jours sans écrans»
Deuxième tournée européenne
du 10 mai au 16 juin 2011
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Le DÉFI SANS ÉCRANS
1. Rappel historique
L'augmentation du nombre d'enfants aux prises avec des troubles graves de comportement ne fait plus de doutes des deux côtés de l'Atlantique. L'augmentation du taux de criminalité violente chez les ados est devenu un enjeu majeur de santé publique, autant en Europe qu'en Amérique. Quant à la pandémie d'obésité qui ne cesse de gagner du terrain dans la presque totalité du monde, elle suscite elle aussi, à juste titre, des pronostics alarmants concernant les prédictions de plusieurs autres maladies.
Mais s'inquiéter ne sert à rien à moins de proposer des remèdes dont on a vérifié l'efficacité. Voilà comment on a découvert le DÉFI de la DIZAINE SANS TÉLÉ NI JEUX VIDÉO, créé à Québec en 2003 en collaboration avec l'association régionale des comités de parents de la Capitale-nationale et de Chaudière-Appalaches. Ce DÉFI n'a rien d'une chimère, ses résultats ont été évalués, débattus, critiqués, documentés et confirmés.(1) Edupax veut partager ces résultats avec tous ceux et celles qui ont à coeur la santé des jeunes et l'avenir de nos sociétés. Pour le faire avec des gens de votre milieu, nous avons besoin de votre collaboration.
En mai-juin 2009, grâce à la collaboration avec «Enfance-télé-danger» -qui anime la Semaine sans télé depuis 1997- et grâce à l'hospitalité de divers organismes,(2) Edupax effectuait une tournée de 7 villes de France pour faire connaître le Défi 10 JOURS SANS ÉCRANS : Paris, Le Portel, Wimereux, Lille, Angers, Toulouse et Arles.
Au printemps 2011, Edupax effectuera une deuxième tournée en terre européenne pour faire connaître le DÉFI SANS ÉCRANS, un projet original de mobilisation des communautés en faveur...
- d'écoles plus sereines et propices à l'apprentissage,
- de jeunes plus critiques face au pouvoir de séduction des écrans,
- d'une consommation médiatique éclairée et responsable,
- d'un encadrement parental avisé,
- de l'intégration de l'éducation médiatique dans la formation des jeunes.
L'augmentation de la consommation médiatique et de la sollicitation publicitaire des enfants coûte de plus en plus cher à nos sociétés
Ces deux phénomènes combinés affectent de plus en plus la santé physique et mentale des jeunes de diverses façons. Des centaines d'études l'ont démontré. Alors que les budgets publicitaires pour atteindre les enfants ont augmenté de façon vertigineuse depuis 1980, les écrans sont devenus plus séduisants au point de devenir le produit de consommation principal des enfants et des ados. Grâce à l'utilisation des plus récentes connaissances en psychologie et en neurologie pour fouiller les vulnérabilités des jeunes, le temps accaparé par ces écrans envahissants dépasse les 40 heures par semaine en moyenne.
C'est pour obtenir une part accrue de investissements publicitaires que les médias rivalisent et utilisent notamment des doses accrues de violence pour attirer et attraper des enfants. Or, cet appât commercial «violence» coûte de plus en plus cher aux jeunes, à leur famille, à leur école et à la société. Il ne s'agit pas d'une impression subjective véhiculée par ce que l'industrie appelle des «lobbys anti-écrans», mais d'une réalité mesurée scientifiquement et dénoncée par les associations professionnelles de pédiatres et de psychologues. Des milliers d'études ont révélé que la consommation répétée d'émissions, vidéoclips, chansons, films et jeux vidéo violents affecte la qualité de vie des jeunes à la maison, à l'école et dans le quartier. La population n'a donc pas la berlue quand elle voit le lien entre l'alimentation des cerveaux d'enfants et leur comportement. Un sondage réalisé en 2001 dans toutes les provinces canadiennes révèle que 70% des répondants pensent que la télévision violente affecte le comportement des jeunes et 80% pensent que les décideurs publics devraient agir.
Il ne faut donc pas se surprendre que les sociétés civiles d'Amérique et d'Europe aient cherché des moyens efficaces pour protéger les enfants de l'emprise des écrans et apprendre aux ados à se protéger avec succès.
Bonne nouvelle !
Depuis le début de la décennie 2000, le programme SMART et le DÉFI SANS ÉCRANS ont fait la preuve qu'ils peuvent améliorer la santé des jeunes et le climat d'apprentissage des écoles en réduisant de moitié la violence physique et verbale, et ce, en moins de 20 semaines.
Vous êtes invités à une conférence-débat interactive sur ces pratiques prometteuses qui ont aidé des milliers de familles à améliorer leur qualité de vie en soustrayant les jeunes à l'emprise des médias et des agences publicitaires.
Venez constater les résultats obtenus grâce à une approche originale déjà expérimenté au Québec, en France et ailleurs, dans des quartiers riches et pauvres, en milieu rural et urbain, dans des écoles publiques et des écoles privées.
Venez prendre connaissance des ingrédients réunis dans le DÉFI SANS ÉCRANS qui permettent aux enfants et aux ados non seulement de voir autrement, mais aussi de réduire la violence physique et verbale tout en prévenant le surplus de poids. Les écrans n'ont pas été introduits dans nos maisons pour que nos jeunes en deviennent les esclaves ou les prisonniers. Le DÉFI SANS ÉCRANS leur permet de prendre le contrôle des écrans, de les domestiquer, de les utiliser de façon éclairée et lucide.
Quels résultats les parents et les enseignants ont-ils obtenu dans la centaine d'école où l'on a utilisé ce DÉFI pour mobiliser la communauté ? Venez discuter des conditions à réunir pour lancer ce DÉFI chez vous.
Jacques Brodeur, Edupax, organisme à but non lucratif du Québec
Prévention de la violence, Éducation aux médias, Éducation à la Paix, Promotion de saines habitudes de vie
JBrodeur@edupax.org <> WWW.EDUPAX.ORG
(1) Le Magazine québécois «Vents croisés» a consacré un numéro complet au Défi sans écrans: «Télévision, films et jeux vidéo: la réalité. les dommages, les remèdes». Il est accessible en ligne à l'adresse suivante:
< http://www.edupax.org/images/stories/edupax/PDF/vc_no15_contenu.pdf >
Le magazine NVA s’associe pleinement à notre projet et fera connaître les dates et réalisations du Défi à travers la France. NVA a produit différents documents qui facilitent la mise en place du DÉFI SANS ÉCRANS dans les établissements scolaires :
· NVA n° 302 : Attention écrans ! Apprendre à voir autrement (janvier 2009, 6 euros)
· Les écrans : grandeur et dépendance - NVA, collection Pratiques de non-violence – Code 0169 - 8 euros.
· Se libérer des écrans, ça s’apprend tôt ! Affiche couleur 40 x 60 cm (code 0186 - 2 euros)
Le DÉFI s'inspire du programme SMART (Student Media Awareness to Reduce Television) créé par le Professeur Thomas Robinson, de l'Université Stanford en Californie, à la fin de la décennie 1990. SMART a fait la preuve qu'il permet de réduire non seulement la violence physique et verbale, mais aussi l'obésité et l'asticotage des parents, connu par les publicitaires sous le nom de «nag factor» ou «pester power».
- Gouvernement du Canada : http://cbpp-pcpe.phac-aspc.gc.ca/intervention/84/view-fra.html
- Université Stanford, Californie: http://hprc.stanford.edu/pages/store/itemDetail.asp?169
En juin 2007, grâce à une collaboration fructueuse avec le groupe ÉCO-conseil et la Chambre de consommation d'Alsace, il devient «DÉFI 10 JOURS SANS ÉCRANS POUR VOIR AUTREMENT» et une première école européenne l'expérimente en juin 2008.
http://www.ecoconseil.org/decouvrir-nos-actions/avec-les-etablissements-scolaires/le-defi-10-jours-sans-ecrans
Il a fait les manchettes dans plusieurs médias de France et ailleurs en Europe.
En janvier-février 2009, le Magazine Non-Violence Actualité consacre un numéro complet aux dangers des écrans et fait état des résultats obtenus grâce au DÉFI de Strasbourg.
http://www.nonviolence-actualite.org/catalog/index.php?main_page=product_info&products_id=12077
En juin 2009, ÉCO-conseil récidive et organise le DÉFI dans deux autres écoles de Strasbourg.
http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/vivre-sans-ecrans-un-defi-42407?id_forum=1792958#commentaire1792958
(2) Au cours des dernières années, Edupax a reçu l'aide d'organismes tels que Graine de Citoyen, ÉCO-conseil, Chambre de consommation d'Alsace, École des Grands-Parents d'Europe (EGPE) à Paris, Lille et Toulouse, Enfance-télé-danger, ÉCHO-Arles, Ars Industrialis, ....
2. Analyse du problème
Consommation médiatique et sollicitation publicitaire : Les impacts sur la santé physique et mentale des enfants et des ados du XXIe siècle et surtout, les moyens de les contrer !
Il arrive parfois que des parents s'interrogent sur la pertinence d'inviter leur enfant à fermer la télé ou à réduire leur consommation d'écrans.
Les initiateurs du DÉFI 10 JOURS SANS ÉCRANS veulent-ils ramener la société moderne en arrière ?
S'agit-il d'une nouvelle secte qui veut diaboliser les nouvelles technologies de communication et d'information ?
Dans la centaine d'écoles où l'on a réalisé le DÉFI de la Dizaine sans écrans, ce sont les parents réunis en assemblée générale qui ont pris la décision, presque toujours à l'unanimité.
Pourquoi les parents votent-ils en faveur d'un projet aussi inusité, qui bouleverse les habitudes familiales ?
Pour quelques raisons que voici.
1) Le personnel de l'école a préalablement accepté d'utiliser les outils pédagogiques fournis par Edupax pour préparer les enfants à décrypter les messages transmis par les médias.
2) La fermeture des écrans fait partie d'une stratégie, avant tout ÉDUCATIVE, éprouvée scientifiquement: l'évaluation a démontré qu'elle permettait de réduire la violence physique de 40% et la violence verbale de 50%.
3) Avant, pendant et après la préparation et la réalisation, les élèves restent libres de participer, et leurs parents restent libres de les aider.
4) Les écrans véhiculent un nombre croissant d'agressions qui, à la longue, désensibilisent l'enfant et réduisent son pouvoir de compassion. Ce n'est là qu'un des impacts reconnus scientifiquement de l'exposition aux écrans. En discutant le comportement de leurs héros virtuels, les jeunes apprennent à distinguer la fiction de la réalité et à saisir les conséquences de la violence réelle, ennemi millénaire de l'humanité.
5) En réduisant leur pouvoir d'empathie, la consommation massive de spectacles violents réduit la capacité des jeunes de se solidariser pour faire face aux abus des tyrans de cour d'école.
Entre le moment où les parents acceptent de lancer le DÉFI et la fin des 10 jours sans écrans, des progrès nombreux et variés sont accomplis, à la maison et à l'école. Partout où l'on a évalué le DÉFI, les trois quarts des parents se déclarent prêts à le répéter chaque année. Pour un projet en apparence irréaliste, ce n'est pas si mal.
Au cours de sa tournée 2011, Edupax animera des formations dans des villes, quartiers et communes qui s'inscriront à notre itinéraire en communiquant avec nous. Nous serons heureux de rencontrer des personnes qui appuient ce DÉFI à priori, ceux qui veulent en savoir plus et aussi ceux qui s'y opposent.
Ce DÉFI SANS ÉCRANS n'est pas une punition, c'est une récompense, un exploit avant tout éducatif et emballant. Il nous fera grand plaisir de présenter les moyens que nous avons utilisé pour initier les jeunes aux médias, aiguiser leur jugement critique, soulever leur enthousiasme, mobiliser leurs parents et outiller les enseignants. Entre la fiction et la réalité, il y a un univers passionnant à découvrir pour quiconque veut prévenir la violence autrement qu'en durcissant les sanctions et les lois ou en augmentant les budgets de la répression.
3. Quatre contenus de conférence sont offerts
Scénario 1. «Prévenir la violence et les incivilités». La violence et les incivilités ne sont pas inévitables. Elles peuvent survenir en tout temps et en tout lieu, dans la famille, dans le quartier, dans le sport et à l'école. Si nous savons quels facteurs favorisent leur apparition et leur augmentation, on peut mieux la prévoir et choisir des mesures efficaces pour la prévenir. Une approche audacieuse en prévention a permis de réduire la violence physique et verbale de 40 et 50%. On a préparé les enfants à VOULOIR et à POUVOIR se priver d'écrans durant 10 jours. Comment a-t-on procédé ? Comment pourrait-on expérimenter cette approche dans notre milieu ?
Scénario 2. «Violence juvénile, problème réel ou illusion d'optique ?» Quels facteurs ont conduit la violence juvénile au sommet des priorités parmi les enjeux de santé publique du XXIe siècle ? Dans quel environnement familial et médiatique les enfants nés durant le dernier quart de siècle ont-ils grandi ? Quels impacts cet environnement a-t-il produit sur leur développement physique et mental ? Comment l'école et la famille peuvent-elles aider les jeunes à rester sain dans le monde d'aujourd'hui ?
Scénario 3. «L'enfant face à la sollicitation publicitaire: les impacts sur l'avenir de la société». Les cerveaux des enfants sont sollicités par la publicité comme aucune génération avant eux. L'appétit des publicitaires et les budgets consacrés à cibler les enfants sont passés de 100 millions$ en 1983 à 17 milliards$ en 2007. Parallèlement, le temps consacré par les parents à converser avec leur enfant est passé de 1h12 (en 1981) à 34 minutes par semaine en 1997. Une question fondamentale se pose. Puisque les jeunes passent entre 10 et 45 heures par semaine devant un écran aux moyens de séduction croissants et de moins en moins à développer leurs habiletés sociales, quel prix la société de demain va-t-elle devoir payer pour ce type de traitement ?
Scénario 4. «L'emprise médiatique sur les jeunes, où est le problème ?» Les budgets publicitaires pour attirer et attraper des enfants augmente partout dans le monde. L'appétit des agences de marketing est tel qu'en Amérique du Nord, les budgets ont été multipliés par 170 en 24 ans. Les techniques de manipulation des jeunes se raffinent au gré des plus récentes découvertes en psychologie et en neurologie. Des études récentes ont démontré que la santé mentale est touchée, la conception du bonheur et de la vie aussi. Doit-on se résigner et se soumettre ? Comment aider les jeunes à échapper à l'emprise envahissante et envoûtante de cette sollicitation omniprésente et multiforme qui flatte leur égocentrisme ?
4. CALENDRIER-ITINÉRAIRE
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- Interventions dans des écoles, villes et communes de France, Suisse et Belgique. Les interventions peuvent prendre la forme de formations ou de conférences (environ 1 heure + échanges).
- Elles peuvent s'adresser aux enseignants, directions d'écoles, parents, décideurs publics, associations de grands-parents, clubs de service, etc.
- Pour la tournée 2011, priorité sera accordée à des formations 2 ou 3 jours sur le modèle de celle organisée à Angers par Graine de Citoyen, en juin 2009. Voir programme ci-dessous.
CALENDRIER-ITINÉRAIRE
- 9 mai 2011 : Avion Québec-Paris
- Semaine du 10 au 13 mai: HERBLAY, Florence Mirza
- Semaine du 16 au 20 mai: TOURS, Françoise Lambert
- Semaine du 23 au 27 mai: LE MANS, Jérôme Gaillard
- Semaine du 30 mai au 3 juin: MEURTHE et MOSELLE, Marion Wisniewski
- Semaine du 6 au 10 juin: TOULOUSE, Vincent Muguet
- 17 juin 2011 : Avion Marseille-Québec
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Pour une intervention dans votre milieu, vous pouvez vérifier les disponibilités : JBrodeur@edupax.org .
Les services rendus par Edupax le sont à titre bénévole. Nous attendons de nos hôtes qu'ils assument les frais suivants: transport jusque dans leur ville, hébergement, contribution de mille euros au coût des billets d'avion et autres frais. Des détails plus précis peuvent être convenus en communiquant à l'adresse de courriel ci-dessus.
5. Formation d'un, 2 ou 3 jours disponible
C'est la formule idéale pour que les participants puissent vraiment s'approprier les outils du DÉFI SANS ÉCRANS.
«Consommation médiatique et publicité: Les impacts sur la santé des enfants ….et les remèdes !»
Résumé
Les cerveaux des enfants sont sollicités par la publicité comme aucune génération avant eux. Les publicitaires ont recours aux plus récentes connaissances en psychologie et en neurologie pour les attirer devant les écrans et les fidéliser.
La surconsommation médiatique affecte la santé physique et mentale des jeunes. En plus de contribuer à la pandémie d'obésité qui affecte la jeunesse comme jamais auparavant, les contenus peuvent provoquer une hausse de l'agressivité. Les jeux vidéo notamment, produisent un impact comparable à celui du tabagisme sur le cancer du poumon.
Devant l'augmentation de la violence chez les jeunes et la pandémie d'obésité, des chercheurs et des enseignants ont expérimenté un programme de prévention fondé sur une consommation d'écrans éclairée, modérée, contrôlée.
Les résultats étonnent les plus sceptiques. Cette approche audacieuse en prévention, connue sous le nom de «DÉFI 10 JOURS SANS ÉCRANS», permet de réduire la violence physique et verbale de moitié, en plus de réduire les surplus de poids.
Comment les enseignants ont-ils préparé les enfants ...
- à VOULOIR et à POUVOIR se priver d'écrans durant 10 jours,
- à maintenir leur consommation à moins de 7 heures par semaine au cours des mois suivants,
- préparé les parents à donner leur accord,
- préparer les parents à aider leur enfant,
- les 3 compétences que les enseignants ont pu développer chez les enfants,
- découvrir et évaluer les résultats variés et nombreux obtenus grâce au DÉFI 10 jours.
Une approche similaire est-elle possible dans votre école ?
Des affiches de promotion de notre visite chez vous peuvent être modifiées :
http://www.edupax.org/index.php?option=com_content&view=article&id=148&Itemid=79
Formation sur 3 jours : programme proposé
Bloc 1. Présentation de participants et cadrage du problème (½ journée)
Les enfants aux prises avec des difficultés de comportement dans les écoles élémentaires, évolution au cours des années 1985-2000. L'évolution des crimes violents commis par des ados au Canada et au Québec. Les principaux facteurs responsables identifiés par les chercheurs. La contribution des divertissements violents aux deux phénomènes précédents : télévision, films, jeux vidéo, ordinateurs, chansons, etc. Les impacts répertoriés et documentés de la consommation médiatique, y compris la pub, sur le développement des enfants, aux plans physique et mental, et sur leur compréhension, de la vie, du monde et de la société.
Bloc 2. Les éléments de solution (½ journée)
Quelles compétences développons-nous chez les enfants pour pallier à ces impacts ? Comment se situent ces compétences dans la formation prévue par le ministère de l'Éducation ? Quels exercices proposons-nous aux petits de 5 à 8 ans ? Quels outils offrons-nous aux enseignants ? Quels exercices proposons-nous aux plus grands de 9 à 13 ans ? Et à ceux de 14 à 17 ans ? Comment aiguisons-nous leur sens critique selon leur âge ? Comment leur présentons-nous le DÉFI de la Dizaine sans écrans ? Pourquoi un match ? Comment les enfants compteront-ils leurs points ? D'où vient l'idée du DÉFI de la Dizaine sans écrans ? Que se passe-t-il suite aux 10 jours sans écrans ? Que propose-t-on aux enfants et aux familles ? Comment a-t-on adapté le DÉFI québécois dans une école de Strasbourg ? Quels résultats a-t-on obtenu avec le programme SMART aux États-Unis ? Avec le DÉFI de la Dizaine sans télé ni jeux vidéo au Québec et en Ontario ? Avec les «10 jours pour voir autrement» en Alsace ? Comment faut-il interpréter (susciter) l'intérêt des décideurs publics face au DÉFI ?
Bloc 3. La mobilisation des parents et de la communauté (½ journée)
Comment obtenons-nous la collaboration des parents? Pourquoi les parents «modernes» se désintéressent-ils de l'école? Pourquoi faut-il imaginer des moyens de les attirer à l'école et de susciter leur implication ? Comment leur perception de la discipline et des règles de vie à l'école a-t-elle évolué au cours des dernières années ? Comment l'école peut-elle faire face à cette évolution? Comment utilisons-nous les activités réalisées à l'école avec les enfants pour améliorer leur implication active. Comment le DÉFI nous aide-t-il à atteindre ces objectifs? Pourquoi mobilisons-nous aussi la communauté? Comment y arrivons-nous? Qui sont nos alliés dans la communauté?
Bloc 4. Débat sur la faisabilité dans notre milieu (½ journée)
Ce dernier bloc sert à débattre les questions suivantes : Comment peut-on appliquer un plan de match semblable dans notre école, notre ville, notre région ? Quelles adaptations nous semblent nécessaires selon la région, l'âge des enfants, la langue et l'origine des parents, le niveau socioéconomique, la réceptivité des autorités scolaires, la collaboration habituelle des organismes de proximité, clubs sportifs et loisirs musicaux, sociaux divers, autres ? Pourquoi dit-on que pour élever un enfant il faut tout un village ? Comment neutraliser l'emprise des médias sur les jeunes sans les diaboliser? Les 15 dernières minutes servent à évaluer la formation.
Bloc 5. On s'organise (une journée complète)
Qui prend l'initiative dans notre communauté ? De quelles autorisations avons-nous besoin ? Combien d'écoles rejoint-on et lesquelles ? Qui les contacte ? Comment fait-on le recrutement et la sélection ? Quels partenaires approchons-nous ? Quels outils offre-t-on aux enseignants ? Combien de temps demande-t-on aux enseignants de nous accorder pour leur présenter le projet ? Et s'approprier les outils ? À quel moment de l'année propose-t-on de lancer le DÉFI ? Avons-nous besoin de financement ? Combien nous faut-il ? Qui nous financera ? Avec quels critères choisit-on nos partenaires financiers ?
6. Notes biographiques
- De 1967 à 2000, Jacques Brodeur a enseigné l'éducation physique à des jeunes de 11 à 16 ans.
- En 1986, il organisait pour la commission scolaire de Charlesbourg une cueillette de jouets militaires afin de les recycler dans une Murale en faveur de la Paix et du désarmement. Photo des jouets et de la murale : http://album.edupax.org/Jouets-militaires/
- Ces jouets illustraient la puissance des moyens -ILLÉGAUX- utilisés par les fabricants de jouets pour faire désirer leurs produits aux enfants et obliger les adultes à les offrir en cadeaux à des enfants qui ne peuvent distinguer entre fiction et réalité.
- De 1988 à 1999, il coordonne les activités d’éducation à la Paix de 7 syndicats de l’enseignement de la région de Québec.
- En 1987, Il participe à la création de PACIJOU et collabore à la rédaction du guide pédagogique «Cessez le feu», Éditions Fidès, sur le thème des jouets militaires.
- En 1990, il participe, avec le comédien Québécois René Caron, à la fondation de TROP, acronyme de Travail de Réflexion pour des Ondes Pacifiques. Il crée l'activité pédagogique « Vote des jeunes » où des milliers d'élèves choisissent par vote, chaque année, les émissions, films, vidéoclips, jeux vidéo et publicités les plus toxiques et les plus pacifiques.
- En 1987 et en 1997, la Fondation canadienne Roy C. Hill l’honore pour deux innovations pédagogiques (cueillette de jouets militaires et Vote des jeunes) relatives à la promotion d’une culture de la Paix.
- En 1996, la Fédération des enseignants en éducation physique du Québec lui décerne son trophée Méritas pour contribution exceptionnelle à l’ ÉDUCATION À LA SANTÉ.
- Il a animé le réseau des Écoles vertes Brundtland de la CSQ de novembre 1998 à décembre 2000.
- Depuis janvier 2001, il œuvre comme consultant, formateur et conférencier auprès d'écoles, commissions scolaires et organismes liés à la prévention de la violence et à l'amélioration de la santé.
- Depuis août 2002, il offre aux écoles et anime le programme de mobilisation communautaire EDUPAX pour prévenir la violence en neutralisant les impacts négatifs des écrans.
- En octobre 2002, il est élu membre du Conseil d’administration d' ACME, Action Coalition for Media Education.
- En 2003, il coordonne la Campagne de la Commission Scolaire de Montréal (CSDM) pour contrer la téléviolence en collaboration avec le Collège des médecins, la Fédération des commissions scolaires, la Fédération des comités de parents, les associations de pédiatres, de psychiatres, de santé publique, la Centrale des Syndicats du Québec, etc.
http://www.fcsq.qc.ca/Dossiers/ViolenceTV/index.html
- En 2003, il crée et coordonne le premier DÉFI de la DIZAINE sans télé ni jeu vidéo, en collaboration avec l’Association des comités de parents de la Capitale-nationale et de Chaudière-Appalaches.
- Le 10 janvier 2007, l'équipe de télévision de l'émission ENJEUX (Société Radio-Canada) produisait un reportage sur la façon dont il développe le sens critique des jeunes face à la publicité. «LES ENFANTS PROIES».
http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/enjeux/niveau2_12909.shtml
- Le 10 janvier 2008, l'émission ENQUÊTE (Société Radio-Canada) diffusait un reportage sur une école qui participait au DÉFI 10 JOURS SANS ÉCRANS. http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/enquete/archive209_200801.shtml
- En mai 2008, ÉCO-conseil et la Chambre de consommation d'Alsace accompagnent une première école européenne où les enfants relèvent avec succès le DÉFI 10 JOURS SANS ÉCRANS dans un quartier défavorisé de Strasbourg. ÉCO-conseil accompagne 2 autres écoles l'année suivante.
http://www.ecoconseil.org/decouvrir-nos-actions/sensibilisation-et-formation/le-defi-10-jours-sans-ecrans
- Entre 2003 et 2010, près d'une centaine d'écoles, des deux côtés de l'Atlantique, ont expérimenté le DÉFI de la Dizaine sans télé ni jeux vidéo.
- En mai-juin 2009, tournée de 7 villes de France pour présenter les bénéfices du «DÉFI 10 jours sans écrans» et les résultats obtenus au Québec et à Strasbourg.
- En 2010, le DÉFI SANS ÉCRANS est organisé à l'école St-Martin, Le Mans.
http://prof.takatrouver.net/sujet/defi-10-jours-sans-ecran/
- Pour connaître la popularité du DÉFI SANS ÉCRANS en France, on demande à son moteur de recherche préféré de trouver : «DÉFI SANS ÉCRANS».
- On peut visionner en ligne la vidéo du DÉFI SANS ÉCRANS (20 minutes).
http://www.alternativechannel.tv/achannel/videos/Jacques_Brodeur/Le_defi_de_la_dizaine_sans_tele_ni_jeu_video/253/1/
- En novembre 2009, il organise le premier colloque SURDOSE MÉDIATIQUE et SANTÉ DES JEUNES à Gatineau. http://jacbro13.com/colloques/colloque1.php
- Depuis novembre 2009, il affiche quotidiennement les ACTUALITÉS pour une CONSOMMATION MÉDIATIQUE ÉCLAIRÉE. HTTP://ACMEQUEBEC.EDUPAX.ORG
- Du 4 au 6 mai 2011, il organise le 2e colloque SURDOSE MÉDIATIQUE ET SANTÉ DES JEUNES, à Montréal.
Http://2ecolloquesurdosemediatique.edupax.org
TV Lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision
Desmurget, Michel
Max Milo Editions, 21/02/2011, 318 pages
Étude réalisée à partir de 1193 travaux cités par l'auteur
2 Depuis quelques- années, le neure-marketing s'érige en nouveau graal manipulatoire. Son credo : aller chercher les failles les plus intimes de notre cerveau pour asservir, à notre insu, nos comportements, nos désirs, nos peurs, nos pulsions, nos représentations, nos décisions. Dans un ouvrage récent, deux spécialistes du sujet résument ainsi l'approche : « Visez le petit. Préparez votre cible. Marquez-la au front le plus tôt possible. Seul l'enfant apprend bien [ ... ] Les cigarettiers et les limonadiers savent que plus tôt l'enfant goûtera plus il sera accro. Les neurosciences ont appris aux entreprises les âges idéaux auxquels un apprentissage donné se fait le plus facilement. » Pouvons-nous tolérer ce genre d'abjection? Pouvons-nous rester impassibles lorsqu'une armée de cupides charognards mobilisent tous les outils de la recherche moderne afin d'offrir à Coca-Cola « du temps de cerveau humain disponible » ? Pouvons-nous accepter qu'un « troisième parent cathodique » pénètre subrepticement l'intimité psychique de nos enfants afin de susciter chez eux des comportements de dépendance ou d'achat aux effets sanitaires dévastateurs? Bien des gens semblent penser que non, parmi lesquels des universitaires des journalistes des spécialistes de la convention internationale des Nations unies sur les droits de l'enfant et de nombreux artistes, cadres ou dirigeants de l'industrie audiovisuelle qui refusent de livrer leur précieuse descendance aux affres de « la boîte à images ». Comme le résume Liliane Lurçat avec son talent coutumier, « quelle est la liberté des enfants, si ce n'est d'être des enfants, et au nom de quoi peut-on se permettre d'agir sur eux avec une telle puissance? Quelle est la liberté des adultes, si ce n'est de pouvoir comprendre, et pourquoi alors, cibler l'émotion plutôt que la raison? » p. 14
3 Personne cependant ne demandera: cet écran qu'ils ont tant regardé, que leur a-t-il volé? À l'évidence, la pertinence d'une telle question ne se limite pas au cas des tout-petits. Elle intéresse aussi les enfants d'âge scolaire et les adolescents. C'est alors les espaces de créativité, d'onirisme, de sociabilité, de scolarité, de lecture, de culture et de motricité qu'il convient d'interroger. p. 31
4 À la lumière des éléments précédents, nous avons décidé il y a près de deux ans, avec mon épouse Caroline, de restreindre drastiquement notre consommation cathodique et de contrôler l'exposition audiovisuelle de nos enfants. Nous pensions pouvoir, sans trop d'efforts, émonder les contenus et dominer le temps. Comme tant d'autres avant nous, nous avons rapidement déchanté. L'interrupteur était trop tentant, trop usuel, trop pratique pour permettre un sevrage indolore. Toutes les rationalisations étaient bonnes pour éteindre les enfants en les scotchant devant le poste. Toutes les excuses étaient bienvenues pour remettre en cause les règles d'usage les plus élémentaires que nous nous étions données (pas de télé pendant le repas; pas d'allumage à l'aveugle, etc.). Une longue journée de travail, une contrariété, une dispute, une asthénie passagère et l'écran prenait vie pour nous extraire du monde. p. 31
5 C'est peu de le dire! 12 mois d'abstinence ont réellement transfiguré nos vies. Les conflits liés à l'utilisation de la télécommande se sont envolés. À l'intérieur du cercle familial, les mots s'échangent plus aisément, notamment au moment des repas. Les filles paraissent plus calmes, plus attentives à leur environnement. La télévision ne semble pas leur manquer. En tout cas, elles ne la réclament pas. L'aînée a cessé (en grande partie) de nous harceler d'exigences consuméristes et ses résultats scolaires se sont substantiellement améliorés. Rien n'indique qu'elle soit « décalée» par rapport à ses camarades. Au contraire, sa vie sociale s'est densifiée à proportion de son éloignement cathodique. Le soir, plutôt que de s'avachir devant l'écran, elle lit, peint, dessine, chahute, fait ses devoirs, donne vie à ses figurines en plastique, joue avec ses poupées, réalise toutes sortes de constructions hasardeuses, ou plus simplement, prend le temps de ne rien faire. Ce temps « libre » lui a d'ailleurs permis d'accéder à une étrange expérience dont la télévision l'avait jusque-là privée : l'ennui. Cette expérience n'est en rien anodine, au sens où elle fonde le désir, la créativité et la pensée prospective. p. 33
6 Lorsque j'ai demandé à une connaissance travaillant pour TF1 si elle pouvait m'obtenir des informations sur le comportement audiovisuel des enfants, la dame m'a gentiment répondu que ces informations étaient disponibles, mais confidentielles, réservées à la haute hiérarchie et de toute façon « insortables » sous peine de se retrouver « à la porte». p. 37
7 Ainsi, dans l'écrasante majorité des foyers, le salon est dessiné, non pour stimuler les échanges interpersonnels, mais pour faciliter l'accès au poste. De la même manière, le planning familial (repas, heure du coucher, moment des devoirs, etc.) est principalement ponctué, non par les rythmes physiologiques, mais par le temps télévisuel. Par exemple, en France, selon les termes du Crédoc, le journal télévisé sert de véritable « référence temporelle». D'après les dernières estimations de cet organisme, « 2 ménages sur 3 dînent devant [la télévision], et 43 % la convient même à leur déjeuner [ ... ] p. 39
8 Un ado qui regardait la télé 2 heures par jour, se retrouvera, par exemple, à 3 h 30 dès lors qu'un récepteur sera placé dans sa chambre. Une telle amplification n'est pas inoffensive. Elle entraîne une diminution de l'activité physique, une dégradation des habitudes alimentaires, une réduction du temps passé à lire, une altération du sommeil, un affaissement des performances scolaires et un assèchement des interactions intra-familiales. p. 41
9 Il convient ici de ne pas se fourvoyer : le spectateur n'est pas le client, il est au sens propre une marchandise que les chaînes revendent aux annonceurs. Au-delà des discours de façade, tout ce beau monde n'a que faire des enfants. Ces derniers ne sont qu'une cible, un marché, une source de profit. p. 53
10 Cela n'est pas vraiment surprenant car en évitant la télé ces gamins évitent aussi, en grande partie, cette « culture jeune» si aliénante par ses diktats vestimentaires, ses injonctions morphologiques, ses impératifs consuméristes et son triste sabir. Comme l'a écrit Hannah Arendt dans un célèbre essai dédié à La Crise de l'éducation, « affranchi de l'autorité des adultes, l'enfant n'a donc pas été libéré mais soumis à une autorité bien plus effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité ». p. 56
11 En fait, l'idée selon laquelle « les autres » seraient collectivement perméables à l'influence d'une télévision qui nous laisserait personnellement indemnes n'est guère nouvelle. Elle n'est pas non plus spécifique à l'institution parentale. Par vanité, naïveté ou aveuglement, nous aimons à nous exclure du troupeau téléphage. [...]
Par exemple, 78 % des adolescents affirment que leurs conduites sexuelles ne sont pas influencées par la télévision. Ils sont 72 % à considérer qu'il en va différemment pour leurs congénères. De la même manière, seuls 10 % des utilisateurs se disent dépendants à la télévision. La question de savoir si les autres le sont obtient 70 % d'avis favorables. p. 57
12 Voilà qui en dit long sur la nature de fictions audiovisuelles, formatées pour être comprises avant même d'avoir été vues. Une sorte de degré zéro de l'intelligibilité qui concerne bien sûr aussi les superproductions hollywoodiennes, la téléréalité, les émissions de divertissement, les jeux et les matchs de foot ou de tennis. Répétons-le: sans pauvreté langagière, sans conformisme narratif, sans stéréotypie des personnages, il serait totalement impossible d'agréger chaque soir plusieurs millions de personnes profondément dissemblables face à un programme unique. On ne montre alors pas aux gens ce qu'ils veulent voir, mais simplement ce qu'ils peuvent partager, une sorte de plus petit dénominateur commun des aspirations et intelligences singulières. p. 63
13 J'en arrive presque à envier Michel Mathieu-Colas, professeur d'université, pour qui c'est visiblement TGV tous les jours! Ce linguiste de formation a pris l'habitude d'évaluer la compétence lexicale de ses étudiants de lettres. Citons parmi les réponses les plus divertissantes de ces derniers: hexagone, «triangle qui a beaucoup de côtés»; polygame, «qui associe plusieurs jeux»; hémicycle, vélo à une roue; autochtone, «qui aime vivre la nuit»; omnipotent, «qui a tous ses membres»; sporadique, «drogué du sport» ; gérontologie, « science des fossiles» ; xénophobe, « qui a peur quand il est enfermé». Pour ce dernier mot, ce sont 25 % des interrogés qui séchèrent lamentablement. Conclusion de Michel Mathieu-Colas : c'est « toute une génération qui se trouve en difficulté avec la langue française». Conjugaison, syntaxe et morphologie n'échappent d'ailleurs pas au désastre. Les « il fesait », « j'envoyerai », « je découvrerai », « j'aura », « je venis », « ils tenèrent », « vous disez » et autres « je mourrirai » peuplent les copies avec une édifiante constance. Des oiseaux « censément sains » peuvent sans peine devenir, au gré des options individuelles, « sans ses mancins », « sans s'aimant sein» ou « sans cernants saints ». Des formules aussi heureuses que « donne-moi ton dessin il faut que je le voille » sont gaillardement popularisées par d'inventifs instituteurs. Dans ce monde enchanté de la belle langue, « le tas nazi » remplace avantageusement l'euthanasie, la Martinique se voit peuplée d'heureux « Martinikés » et Schubert nous offre une bien étonnante symphonie « inHeV». p. 76
14 En d'autres termes, dans 4 foyers sur 10, le poste est quasiment toujours actif, ne serait-ce qu'en arrière-plan, ce qui n'est guère surprenant lorsque l'on sait, par exemple, que 44 % des Français de plus de 15 ans déclarent allumer la télé immédiatement lorsqu'ils rentrent chez eux. Les enfants subissent alors un bombardement constant de sons et d'images. Cela n'est pas sans conséquence sur la lecture. Il apparaît en effet, après prise en compte d'un grand nombre de covariables sociodémographiques, psychologiques et personnelles (éducation des parents, revenus, structure familiale, ethnicité, etc.) , que les gamins soumis à l'omniprésence audiovisuelle ont 3 fois plus de chances de ne pas savoir lire à la sortie du cours préparatoire ! p. 103
15 Pendant longtemps, les incidences délétères du poste sur l'attention n'ont pu être expliquées au-delà des éléments précédents. Ce goulot étiologique a finalement sauté au début des années deux mille, lorsqu'un groupe de chercheurs ont entrepris d'étudier l'influence de la télévision sur les activités spontanées du jeune enfant. Un dispositif expérimental assez simple fut alors employé. Des sujets de 1 à 3 ans étaient placés dans une pièce avec des jouets et une télévision. Celle-ci pouvait être soit éteinte, soit allumée. Dans ce dernier cas, un programme de divertissement tous publics était présenté (Jeopardy). Les résultats montrèrent que le poste perturbait sérieusement l'activité spontanée des enfants. Ceux-ci regardaient très peu l'écran (moins de 5 % du temps), mais chaque coup d'œil entraînait un abandon de la conduite en cours. Au final, les enfants soumis à une présence audiovisuelle d'arrière-plan changeaient de jouets plus fréquemment, présentaient des schèmes ludiques moins riches, affichaient des plages de jeux raccourcies et se révélaient moins concentrés durant ces plages. De façon intéressante, nombre de travaux ont montré que ce genre d'altérations prédisait une évolution peu favorable du QI à long terme et se retrouvait couramment chez les enfants souffrant de retards cognitifs. Il n'est dès lors pas totalement incongru de suggérer que la présence fréquente d'une télévision d'arrière-plan puisse désorganiser le déploiement intellectuel en frelatant certaines activités constitutives de ce déploiement. Pour assurer une bonne compréhension de ce point, sans doute n'est-il pas inutile de dire quelques mots sur la nature des conduites spontanées du jeune enfant.
Avant 12 mois, le bébé se contente généralement d'explorer physiquement les objets. Il les touche, les regarde, les manipule. Au cours de cette première année, l'attention devient progressivement plus soutenue et les phases d'interactions gagnent en complexité. Plusieurs objets peuvent alors être utilisés de concert et empilés ou alignés. Entre 12 et 24 mois, les manipulations initiales donnent naissance à des activités fonctionnelles d'utilisation. L'enfant joue alors à coiffer sa poupée, à la coucher ou à lui donner le biberon. Avec le temps, ces scénarios se coordonnent entre eux, pour donner naissance à des conduites clairement anticipatrices. L'enfant fait par exemple semblant de sortir une casserole, de la remplir de lait, de la faire chauffer, de verser le résultat dans un biberon et donner ce dernier à Miss Barbie. A l'ultime stade surviennent les représentations symboliques. L'enfant devient un chat ou un avion pendant que la boîte d'allumettes se transforme en fer à repasser ou en voiture de course. Bien sûr, il arrive fréquemment que les adultes interviennent pour enrichir ces conduites. Dans ce cadre, Papa peut, par exemple, demander qui conduit la voiture, poussant alors sa progéniture à placer une gomme sur la boîte d'allumettes pour figurer un indispensable chauffeur.
A l'évidence, nombre de parents ne mesurent pas distinctement combien les compétences élaborées à travers ces activités précoces sont essentielles au déploiement des fonctions cognitives dites « supérieures ». On sait aujourd'hui, par exemple, qu'il existe une relation forte, premièrement, entre le degré d'évolution des activités ludiques spontanées et certains aspects du développement langagier et deuxièmement, entre l'intelligence évaluée par les tests de QI et l'aptitude langagière. Dès lors, perturber le jeu du jeune enfant ne peut, en bout de chaîne, que pénaliser l'intelligence. A titre d'illustration concrète, imaginons Bébé au milieu de son parc. À 8 mois, pris d'une irrépressible pulsion, notre bonhomme s'attaque soudain au cube qui traînait près de lui. Il le manipule quelques secondes, puis entend une éructation sonore et tourne la tête vers la télé. Le cube est alors « oublié». Quand l'enfant revient au jeu, il attrape une girafe, puis s'interrompt de nouveau en réponse à un flash lumineux. Voilà la girafe perdue, elle aussi. À terme, ces interruptions incessantes empêchent la mise en place de focalisations attentionnelles endogènes soutenues et prolongées. Ce déficit initial affecte, bien sûr, les stades ultérieurs du développement. Ainsi, lorsque l'enfant ne peut soutenir son attention, il a forcément du mal à coordonner plusieurs tâches au sein de scénarios complexes. Ses jeux perdent alors en richesse et en diversité. Cette altération s'avère d'autant plus marquée que l'influence délétère de la télévision se propage bien au-delà des premiers âges. Imaginons, pour nous en convaincre, que Paul décide de nourrir sa Barbie. Le jeune homme attrapera une casserole, la posera sur le feu, sortira le lait... et s'interrompra pour localiser l'origine de l'exclamation produite par le poste. Cette coupure signera la fin des opérations antérieures. Lorsque Paul reviendra à ses moutons, il se lancera dans une nouvelle séquence, qui ne manquera pas, à son tour, d'être rapidement suspendue. C'est alors la mémoire de travail, conçue comme capacité à sélectionner, conserver et traiter plusieurs informations nécessaires à la réalisation d'une tâche complexe, qui sera touchée. Cette mémoire est impliquée dans nombre de processus mentaux dont le langage, la lecture, le calcul et le raisonnement. Comme si tout cela ne suffisait encore pas, il s'avère que la télévision affecte aussi l'attention que les parents portent à l'enfant. Lorsque le poste est allumé, les adultes sont moins enclins à interagir avec leurs rejetons et donc à enrichir les schèmes ludiques et langagiers de ces derniers. Par ailleurs, plusieurs études ont montré chez l'animal et l'homme qu'un bruit ambiant pouvait lourdement perturber le développement cérébral.
Au cours des dernières années, la multiplication des programmes destinés aux tout-petits a sérieusement exacerbé les craintes qui viennent d'être évoquées. En effet, ces programmes amplifient fortement, grâce à leur redoutable potentiel captateur, le pouvoir délétère de la télévision. Lorsque Bébé regarde des émissions qui lui sont directement destinées, il ne se contente pas de brefs coups d'œil. Il s'accroche à l'image de manière soutenue. Plusieurs études ont ainsi montré que des sujets de 2 ans et moins pouvaient passer plus de 70 % de leur temps à fixer l'écran, en présence de contenus ad hoc. Ce chiffre, proche des valeurs observées chez l'adulte 536, surpasse très largement ce que la communauté scientifique considérait plausible il y a seulement quelques années. Encore une « compétence infantile » que la tribu des vendeurs de cerveaux a su identifier et exploiter sans la moindre vergogne. En formatant habilement ses contenus, la télévision des nouveau-nés a réussi, au sens premier du terme, à asservir l'enfant sur la base d'un véritable rapt attentionnel. Scotché au poste, notre jeune téléphage suspend, bien malgré lui, le cours de son développement au profit d'une infâme et corrosive bouillie cathodique. Et à l'évidence, cette bouillie n'est pas en voie de dissipation. p. 112
16 La première banderille fut portée par Donald Hebb à la fin des années quarante. Cet éminent chercheur avait rapporté chez lui quelques bébés rats. Une fois devenus adultes, ceux-ci se révélèrent infiniment plus agiles et futés que leurs homologues de laboratoire. Cette observation informelle fut suivie de dizaines d'études rigoureusement contrôlées chez le rongeur, le chat et le primate. Les animaux étaient alors élevés dans différentes conditions environnementales : (1) Carencée - certains éléments sensoriels ou sociaux étaient absents ou présentés en quantité limitée (par exemple, les animaux étaient élevés dans le noir pendant des durées variables, à des stades différents de leur existence) ; (2) Standard - chaque cage abritait un seul sujet et quelques rares objets immuables (comme une roue pour les rongeurs); (3) Enrichie - chaque cage abritait plusieurs sujets et un grand nombre d'objets attrayants changés régulièrement (comme des balles, objets de couleur, échelles pour les rongeurs). La condition carencée valut un prix Nobel à David Hubel et Torsten Wiesel. Elle démontra que le cerveau ne se développait pas normalement lorsque l'animal ne recevait pas les stimulations sensorielles nécessaires, à certaines périodes critiques de son développement. Les déficits alors constitués s'avéraient, en grande partie, irréversibles . La situation enrichie manifesta un pattern inverse 552-556. Les sujets élevés à plusieurs dans des conditions stimulantes se révélèrent, à l'âge adulte, plus intelligents, plus habiles, plus sociables et moins sensibles au stress que leurs homologues des milieux standards. Un corrélat direct de cette supériorité fut observé au niveau neurophysiologique le plus intime. Les animaux de la condition enrichie présentaient en effet, lors de leur autopsie, un cerveau plus lourd et plus gros, un cortex plus épais, un plus grand nombre de neurones, un plus grand nombre de connexions par neurone (synapses) et une plus large vascularisation intracérébrale. L'amplitude des différences était parfois vertigineuse. Ainsi, par exemple, concernant le nombre de synapses par neurone, des augmentations de 20 à 25 % furent communément rapportées. À l'échelle humaine, cela représente plusieurs milliers de milliards de liaisons intercellulaires supplémentaires.
Il serait bien sûr éthiquement inacceptable d'étendre à l'homme les manipulations expérimentales qui viennent d'être décrites chez l'animal. Cela étant dit, il n'est pas rare que les aléas de l'existence se révèlent infiniment plus âpres que la main du chercheur. Lorsque cela arrive, il apparaît que l'homme est bien, en termes physiologiques, un mammifère comme les autres. Les études d'adoption sont à ce titre révélatrices. Elles se basent sur un protocole assez simple : examiner le développement émotionnel et cognitif d'enfants adoptés à différents âges et comparer les performances de ces enfants aux accomplissements d'autres sujets n'ayant pas trouvé de famille adoptante (enfants non adoptés) ou ayant toujours vécu avec leurs parents (enfants contrôles). L'hypothèse implicite, largement vérifiée expérimentalement, veut alors que l'adoption fasse passer les enfants d'un milieu institutionnel ou familial peu stimulant à un environnement enrichi, porteur de larges opportunités de jouer, d'explorer le monde et d'interagir avec les adultes. Toutes les études menées dans ce contexte ont abouti à des conclusions' similaires : les individus non adoptés présentent, même s'ils n'ont subi aucune atteinte sanitaire ou nutritionnelle, un développement affectif sévèrement perturbé et un QI très inférieur en comparaison d'enfants contrôles ou de sujets adoptés. Pour ces derniers, l'ampleur des séquelles conservées à long terme est proportionnelle au niveau de carence du milieu originel (les « enfants sauvages» ou privés d'accès au langage étant des cas extrêmes), aux caractéristiques socio-éconorniques de la famille d'accueil et à l'âge d'adoption. Concernant ce troisième point, une recherche récente a montré sur près de 18 000 sujets examinés dans 62 études, que les individus adoptés avant 1 an ne conservaient, par rapport à une population contrôle, que peu (voire pas) de déficits identifiables à long terme. À l'inverse, les adoptions réalisées durant la seconde année ou au-delà étaient prédictives de troubles persistants de la réussite scolaire, des fonctions d'apprentissage et du langage. Ces données rejoignent les superbes observations de quelques études longitudinales montrant que la qualité de l'environnement scolaire précoce transforme profondément le devenir des individus. Dans l'une de ces études, 123 enfants de 3 ans issus d'un milieu très défavorisé furent aléatoirement répartis en deux groupes expérimentaux d'égale quotité. Une soixantaine d'heureux élus se retrouvèrent alors scolarisés, durant 2 ans, dans une maternelle de très haut standing. Les autres restèrent dans l'indigente école de leur quartier. Au terme de l'étude, tous les enfants furent replacés dans leur milieu originel, puis évalués à périodes régulières. Les résultats montrèrent que les sujets du groupe expérimental surclassaient leurs homologues contrôles dans les domaines cognitif, affectif, professionnel et social. Ces différences étaient encore visibles 40 ans après la fin du programme. À cette date, les enfants ayant bénéficié précocement, pendant 2 ans (!), d'une éducation enrichie, présentaient une plus grande réussite scolaire (65 % de bacheliers contre 45 %), un taux de chômage inférieur (24 % contre 38 %), un salaire médian mensuel plus rondouillet (1 856 $ contre 1 308 $), un moindre niveau de condamnation à de la prison ferme (28 % contre 52 %) et un recours plus parcimonieux aux médiations familiales (13 % contre 24 %), médicaments psychotropes (17 % contre 43 %) ou drogues diverses (marijuana/haschisch 48 % contre 71 % ; héroïne 0 % contre 9 %) .
Pas facile au vu de ces données d'infirmer le rôle fondateur joué par l'environnement précoce sur la construction des compétences affectives, sociales et cognitives de l'individu. Contrairement à ce qu'affirme la fable du mérite, si chère à nos « élites » 543, le travail ne fait pas tout. Un enfant qui grandit dans un milieu sub-optimal ne pourra jamais exprimer son plein potentiel. Au sens premier, il deviendra un adulte sous-développé, à l'image des chatons carencés de Hubel et Wiesel, des rats « standards » de Hebb et des enfants pauvres de nos ghettos urbains. Une liste bien sûr non exhaustive, à laquelle il serait temps d'ajouter, je crois, tous les zappeurs en herbe. En effet, la télévision constitue du point de vue ontogénétique un temps stérile, parfaitement inutile. Elle n'enseigne rien, ne câble rien et, en dernière analyse, ne sollicite aucune des compétences fondamentales que le cerveau en formation doit construire. Cette assertion renvoie indéniablement à une évidence que tous les spécialistes du développement s'accordent à considérer comme acquise: l'encéphale ne s'organise pas en observant le réel, mais en agissant sur lui. Dans son superbe ouvrage intitulé De l'acte à la pensée, Henry Wallon montre par exemple clairement que « l'intelligence, instrument de connaissance, sort de l'action et y ne » . Une idée que l'on retrouve aussi au cœur de l'œuvre de Jean Piaget. Comme le résume Jean-Marie Dolle, grand spécialiste du sujet, « Piaget fonde la psychologie sur l'adaptation de l'homme au milieu et crée de ce fait l'épistémologie de l'interaction sujet-milieu. Ce qui signifie que, toute connaissance étant le produit d'interactions entre un sujet et son milieu, la connaissance provient de l'activité du sujet et, particulièrement, de sa capacité à extraire de l'élément du milieu ou objet ses propriétés. Mais connaître en ce sens comporte, d'une part, ce qui est comme tiré de l'objet lui-même, ses qualités propres saisissables par l'activité perceptive, et, d'autre part, ce que le sujet y introduit en le transformant ». Dès lors, une simple observation du réel ne peut être un facteur de développement. Par exemple, contempler Gribouille pendant des heures, ne fera pas de Valentine (3 ans) une dessinatrice émérite. Seule une exploration graphique assidue pourra permettre à la demoiselle d'acquérir une main sûre. De même, regarder les programmes spécialisés qui fleurissent sur BabyFirst, BabyTV ou diverses vidéos ad hoc n'enseignera jamais l'art du langage à James (16 mois). Seule une communication effective avec un tiers pourra permettre au jeune homme d'acquérir les règles syntaxiques, de discriminer les sons de sa langue et d'organiser son appareil phonatoire. p. 118
17 Par exemple, prenez une poupée portant un gant accroché à sa main via un morceau de velcro et cachez à l'intérieur de ce gant un grelot. Mettez-vous face à un enfant de 12 ou 15 mois, détachez le gant, secouez-le pour faire teinter le grelot, remettez-le en place et posez la poupée au sol. L'enfant se saisit alors généralement de cette dernière puis il tente d'enlever le gant et de faire teinter le grelot. De manière surprenante, si vous réalisez la même démonstration par le biais d'une télévision, Bébé regarde mais ensuite il ne fait rien. Quand l'expérimentateur place la poupée au sol, juste après la vidéo, l'enfant n'essaye ni d'enlever le gant ni de faire teinter le grelot. Il se comporte comme un sujet totalement naïf qui n'aurait jamais vu la poupée. Ce déficit vidéo reste largement présent chez des enfants âgés de 18, 24 ou même 30 mois. p. 123
18 Franchement, il ne doit pas être très facile d'apprendre à communiquer dans ces conditions, en subissant la froide indifférence d'un locuteur à la fois sourd et aveugle. Évidemment, avec Maman, les choses sont fondamentalement différentes. Dès que l'enfant agit, elle réagit. Par exemple, lorsque Bébé émet des sons, Maman les imite (durant la première année post-natale, plus de 90 % des actes d'imitations verbales sont initiés par la mère!). Lorsqu'il regarde ou montre des objets, Maman les nomme et les lui tend. Lorsqu'il révèle une amélioration de ses facultés de compréhension, Maman ajuste le rythme et la complexité des énoncés formulés. Lorsqu'il détourne la bouche pour indiquer qu'il n'a plus faim, fait une grimace pour signifier combien sa purée de brocolis est infâme, agrippe sa peluche pour attester qu'il n'est pas disposé à la lâcher, ou tape dans ses mains parce qu'il a vu le chat passer sur le balcon, Maman s'adapte et répond avec des mots et des mouvements. Plus tard, au-delà de 18-24 mois, lorsque le petit homme commence à parler, Maman l'encourage, le sollicite et reprend fréquemment ses énoncés pour les reformuler, voire les corriger. Toutes ces conduites sont absolument indispensables au plein développement linguistique. p. 130
19 Elle opère aussi de façon plus profonde en mutilant la sociabilité intrafamiliale. Quand le poste est allumé, que ce soit au premier ou second plan, l'enfant entend moins de mots, il s'exprime de façon plus parcimonieuse et plus brève et il prend part à un nombre plus limité d'échanges bilatéraux. Or, le nombre de mots entendus et prononcés avant 3 ans est un indicateur majeur des performances linguistiques et cognitives à venir. p. 131
20 Lévidence la plus directe fut fournie par une étude canadienne dont le protocole, précédemment détaillé, impliquait trois villes sociologiquement similaires, mais différentes quant à leur accès audiovisuel. NoTel ne recevait aucune chaîne, OneTel en captait une et MultiTel quatre. Le domaine de la créativité fur abordé chez des sujets de 9 et 12 ans, à partir d'un protocole standard dit « d'utilisations alternatives». La tâche consiste alors à imaginer, sans limite de temps, les différents usages possibles de cinq objets (un magazine, un couteau, une chaussure, un bouton ou une clé). Les résultats montrèrent que les enfants de NoTel surpassaient largement ceux des deux autres villes. En moyenne, l'absence de télévision se traduisait par une augmentation de 40 % du nombre des usages possibles mentionnés. Lorsque l'expérience fut reproduite, sur des sujets d'âge similaire, 2 ans après l'arrivée de la petite lucarne dans les foyers NoTel, plus aucune différence ne fut observée entre les différentes villes. Il n'avait pas fallu bien longtemps au poste pour assécher l'imaginaire et la créativité des enfants de NoTel. D'un point de vue fonctionnel, deux mécanismes complémentaires peuvent être envisagés pour expliquer ce désastre. Premièrement, la télévision diminue drastiquement le temps que les enfants consacrent aux activités ludiques susceptibles de stimuler la créativité et l'imagination. Deuxièmement, le média audiovisuel ne sollicite que faiblement les espaces imaginaires et créatifs. p. 134
21 Pour cette étude, près de 2 000 élèves de 5-6 ans furent soumis à une version remaniée de la célèbre épreuve du bonhomme. Cette version requérait simplement des participants qu'ils dessinent un bonhomme. Le résultat obtenu était alors coté sur 13, à partir d'éléments physiques objectivement quantifiables (présence de cheveux, 1 point; oreilles exprimées sous forme de points, demi-cercles ou cercles, 1 point; jambes représentées par un contour plutôt qu'un trait, 1 point; etc.). Les analyses montrèrent que la richesse du dessin chutait progressivement en fonction de l'exposition audiovisuelle. Les petits utilisateurs (30 minutes et moins) culminaient à 10 points, pendant que les gros consommateurs (3 heures et plus) plafonnaient à 6. Les téléphages moyens (2 heures) s'établissaient autour de 8,5. Le sens qualitatif de ces variations chiffrées s'appréhende aisément à partir des dessins suivants, présentés comme typiques par les auteurs de l'étude. p. 135
22 Encore une fois, la petite lucarne ne rend pas les enfants patemment débiles ou visiblement crétins, mais elle empêche assurément le déploiement optimal des fonctions cérébrales. Tous les champs sont touchés, de l'intelligence à l'imagination, en passant par le langage, la lecture, l'attention et la motricité. Au bout du chemin, c'est l'ensemble du devenir intellectuel, culturel, scolaire et professionnel de l'enfant qui se trouve irrévocablement compromis. pour ceux qui l'auraient oublié, rappelons juste, en guise de conclusion, que chaque heure de télévision consommée en semaine alors que l'enfant est à l'école primaire augmente de plus d'un tiers la probabilité de voir ce dernier quitter le système scolaire sans aucun diplôme. p. 136
23 Imaginez une substance récréative dont l'ingestion accroîtrait considérablement la prévalence de l'obésité, du tabagisme, de l'alcoolisme, des troubles du sommeil, des actes suicidaires, des conduites sexuelles à risques et des désordres du comportement alimentaire (anorexie/boulimie). Envisageriez-vous d'ouvrir les portes de votre foyer à cette substance? Accepteriez-vous que vos enfants soient soumis à son influence? J'en doute fort. Si je ne me trompe pas sur ce point, alors il devient clair qu'une écrasante majorité de spectateurs assidus et parents dévoués ne mesurent pas pleinement le degré de toxicité du petit écran. En effet, des dizaines d'études montrent avec une terrifiante régularité qu'entre ce dernier et la substance récréative évoquée plus haut, nulle différence ne peut être établie. La télévision n'est pas un loisir anodin. Elle constitue un problème sanitaire majeur. p. 141
24 Des données compatibles furent récemment rapportées dans une recherche impliquant des lycéens de 15 à 18 ans et montrant que le simple fait de passer plus de 2 heures par jour devant le poste augmentait de 55 % les risques de surpoids. p. 144
25 On peut lire alors que « l'association américaine de pédiatrie recommande de limiter le temps d'exposition des enfants à 2 heures par soir. Les enfants qui excédaient cette recommandation avaient 50 % de chances supplémentaires d'être obèses à 32 ans ». p. 146
26 Des biais similaires s'observent lorsque des sujets sont confrontés à des produits emballés dans des boîtes neutres ou ornées de personnages de dessins animés connus tels que Dora, Scooby-Doo ou Shrek. Par exemple, dans une étude récente, 55 % des enfants dirent préférer le goût de crackers présentés dans un packaging publicitaire, contre 7,5 % qui déclarèrent pencher pour les biscuits anonymes. D'une manière plus générale, 88 % des enfants affirmèrent que si le choix leur était offert, ils prendraient plutôt les crackers à personnages que les autres. Ce type de résultat pose évidemment la question des causalités agissantes. Comment la présence d'un simple logo sur un emballage peut-elle transformer à ce point le goût du consommateur? La réponse est ma foi aussi simple que désespérante. À force de réitération, le logo ne se contente plus de marquer le paquet. Il finit par étamper aussi le fonctionnement de nos neurones. p. 153
27 Un premier groupe «expérimental» d'écoliers de 6 à 12 ans fut confronté à un morceau du film Maman, j'ai raté l'avion! (Home Atone). Dans la scène choisie, on voyait une famille réunie autour d'une table, mangeant de la pizza tout en buvant du lait et du Pepsi-Cola, Cette dernière marque était mentionnée explicitement par un adulte dans le cours de l'action (« Fuller, vas-y doucement sur le Pepsi »). Un second groupe contrôle identique voyait une scène en tous points similaire, mais dépourvue de la moindre référence à Pepsi-Cola. Après le visionnage, les enfants sortaient de la salle et ils étaient invités à choisir une boisson qui pouvait être soit un Pepsi, soit un Coca. En Angleterre, pays où fut réalisée l'expérience, cette dernière marque détient 75 % du marché contre 25 % pour sa concurrente. Les choix du groupe contrôle manifestèrent une répartition compatible avec ces chiffres: Coca 58 %, Pepsi 42 %. À l'inverse, les options du groupe expérimental révélèrent un clair retournement de tendance: Coca 38 %, Pepsi 62 %. Notons dans ce cas qu'aucune différence ne fut observée entre les enfants ayant le souvenir d'avoir vu la marque et les autres. C'est là toute la magie des placements de produits. p. 155
28 Plus les enfants sont jeunes quand ils fument pour la première fois, plus ils risquent de fumer régulièrement par la suite et moins ils ont de chances d'arrêter. p. 163
29 Ainsi donc il s'avère, pour résumer, que les industriels du tabac se trouvent placés face à une bien cruelle équation. D'un côté ils doivent se plier à un certain nombre d'engagements éthiques et de textes législatifs pour ne pas risquer d'être lourdement condamnés par les pouvoirs publics. De l'autre, ils ont obligation de contourner la loi et la parole donnée s'ils ne veulent pas disparaître à brève échéance, faute de clients. Pas facile de sortir de l'impasse. Heureusement, Dame Providence sait être bonne pour ses enfants. Forte d'un étrange empressement, la belle choisit d'apparaître aux cigarettiers sous les traits du noble septième art. Ainsi, alors que la sinistre clique des faiseurs de cancers avait été privée, par la loi, de toute latitude promotionnelle, les studios cinématographiques américains reprirent avec zèle le flambeau propagandiste. Au nom (officiellement !) du principe de réalité et de la sacro-sainte liberté d'expression, nos amis se firent un devoir d'inonder leurs films de scènes tabagiques. Sur la dernière décennie, celles-ci s'invitèrent dans 70 à 75 % des films, avec un nombre moyen de présentations avoisinant 8 à 9 unités. p. 163
30 À la télévision, l'acte sexuel est une norme généralisée, praticable sans risque avec désinvolture, et partagée dans près de la moitié des cas par des individus n'ayant aucune relation établie. Les femmes sont fréquemment représentées comme des objets de désir ou de satisfaction. Elles apparaissent alors volontiers sous les traits de créatures passives, éventuellement destinées à remplir l'antenne de manière purement décorative, à l'image de la célèbre Victoria Silvstedt dans l'émission La Roue de la fortune. Presque systématiquement moins âgées que leurs partenaires masculins, les actrices occupent par ailleurs souvent dans les films ou séries des occupations fortement typées (secrétaires, infirmières, employées de maison, femmes au foyer). Les hommes, au contraire, sont représentés dans des postures dominantes, presque prédatrices. Pour eux, le rapport au sexe définit fréquemment le niveau de masculinité. De tout cela, nous dit Victor Strasburger au sein d'une excellente revue de la littérature, le spectateur peut tirer plusieurs messages tels que : «tout le monde couche », «les adultes n'utilisent pas de contraceptifs », « les adultes ne planifient pas leurs relations sexuelles », «les gens mariés se trompent fréquemment les uns les autres », « le sexe est un sport récréatif », etc. p. 188
31 Depuis l'expérience NoTel, l'effet du petit écran sur les représentations sexuelles et les stéréotypes de genre a été largement confirmé. Au fil des expériences, il a notamment été montré que plus un adolescent regardait la télévision, plus il avait tendance : premièrement, à surestimer, chez ses pairs, la prévalence des relations sexuelles; deuxièmement, à entretenir des attentes irréalistes en matière coïtale; troisièmement, à posséder une vision permissive de la sexualité; et quatrièmement, à ressentir une pression importante du passage à l'acte. p. 190
32 Elle s'accompagne d'un large pilonnage cognitif. Ainsi, dans le champ audiovisuel, les physiques pathologiquement filiformes ou musculeux, totalement inaccessibles à l'écrasante majorité des spectateurs, sont volontiers associés à des stéréotypes de normalité, de succès, de dominance, d'intelligence et de volonté. p. 192
33 ... une étude particulièrement frappante dans laquelle les comportements alimentaires des adolescentes fidjiennes de la province de Nadroga furent comparés juste avant et 3 ans après l'arrivée de la télévision. L'idée de ce travail séduisit d'autant plus aisément les chercheurs que la communauté de Nadroga privilégiait, dans sa condition originelle, les types corporels « généreux », synonymes d'affluence. L'arrivée du poste changea profondément cette inclination. Par la grâce de notre brave petite lucarne, 74 % des jeunes Fidjiennes se découvrirent soudain trop grosses. Entre le début et la fin de l'expérience, le pourcentage d'adolescentes ayant suivi un régime passa du néant absolu à 69 %. p. 193
34 Deuxièmement, comme ne cessent de le répéter les spécialistes, aucun individu sérieux n'a jamais érigé les médias en bouc émissaire, ni affirmé que la télévision était la source unique ou même principale des comportements violents qui traversent notre société. Selon les termes de Rowell Buesmann et Laramie Taylor, par exemple, « aucun chercheur respectable ne Suggère que la violence médiatique est "la" cause des comportements violents ». La seule chose qu'osent affirmer les scientifiques, c'est que la télévision représente un facteur de violence significatif et qu'il serait dommage de ne pas agir sur ce levier causal, relativement accessible en comparaison d'autres déterminants sociaux plus profonds (pauvreté, éducation, cadre de vie, etc.) Des tréfonds de ma grande naïveté, cette position ne me semble ni scandaleuse, ni imbécile ni, surtout, de nature à rejeter sur les médias « la cause des malheurs de la société». p. 207
35 Résultat des courses, selon les chiffres publiés par l'Académie américaine de pédiatrie, « plus de 3 500 travaux de recherche ont examiné l'association liant violence médiatique et comportements violents; tous, à l'exception de 8, ont montré une relation positive ». 8 sur plus de 3 500, cela représente près de 99,8 % de corroboration! Ce pourcentage, tout à fait faramineux pour des travaux de sciences humaines, n'est cependant pas surprenant au regard d'analyses antérieures, basées sur des approches dites méta-analytiques. Ces dernières sont couramment utilisées par les chercheurs pour combiner, au sein d'une seule étude «géante ». un grand nombre d'observations indépendantes. L'objectif ultime est alors de déterminer si un effet s'avère présent, «dans l'ensemble », au-delà de possibles variations locales. Lorsque cela fut fait pour le problème de la violence à la télévision, on observa qu'il existait une influence fortement significative des images violentes sur l'émergence de conduites agressives. Ce résultat se révéla d'autant plus important qu'il reposait sur l'évaluation de populations générales, non pathologiques. p. 208
36 Supposons, pour illustrer ce point, que la violence contenue dans un film affecte 1 spectateur sur 1 000. Si la millions de sujets voient ce film lors de sa sortie à la télévision, on se retrouve avec la 000 actes agressifs ou violents sur les bras. En accord avec ce cadre théorique, Brandon Centerwall a évalué, au début des années quatre-vingt-dix, sur la base de données épidémiologiques de grande ampleur, le nombre de délits imputables à la télévision. Selon les conclusions présentées par cet auteur dans le très réputé Journal of the American Medical Association QAMA), « chaque acte violent est manifestement le résultat d'un ensemble de forces agissant de concert; pauvreté, crime, abus d'alcool et de drogue, stress - dont l'exposition précoce à la télévision n'est qu'une dimension. Néanmoins, les évidences épidémiologiques indiquent que si, hypothétiquement, la technologie télévisuelle n'avait jamais été développée, il y aurait aujourd'hui aux États-Unis chaque année la 000 homicides de moins, 70 000 viols de moins et 700 000 agressions avec blessures de moins» . Pour ceux qui jugeraient ces chiffres extravagants, un petit sur une recherche déjà évoquée pourrait se révéler intéressant. Dans ce travail, trois villes sociologiquement comparables furent étudiées. Deux recevaient la télévision (UniTel, MultiTel). La troisième devait obtenir sa connexion à échéance de 24 mois (NoTel). Les auteurs étudièrent le comportement de jeunes élèves du primaire, alors que ceux-ci jouaient dans la cour de leur école pendant les récréations 1083. Les conduites agressives et violentes furent classées selon deux axes, l'un physique (par exemple coups, bousculades, morsures, etc.), l'autre verbal (par exemple injures, menaces, altercations, etc.). Les résultats montrèrent, pour NoTel, suite à l'introduction de la télévision, un doublement des incidents verbaux et un quasi-triplement des accrochages physiques. Aucune évolution significative ne fut observée, sur la même période, pour les deux autres agglomérations (MultiTel et UniTel). Difficile de conclure, au vu de ces données, que l'effet télévision est marginal ! Une ultime illustration de cette réalité provient d'études de corrélations. Le principe consiste alors à déterminer, à conditions sociodémographiques, psychologiques et personnelles égales, si les enfants qui consomment le plus de contenus audiovisuels violents produisent un plus grand nombre de comportements agressifs. Ce lien potentiel est généralement exprimé sous forme d'un coefficient r, pouvant varier entre -1 (lorsque l'une des deux variables augmente, l'autre diminue de manière strictement proportionnelle), 0 (les deux variables sont indépendantes) et 1 (les deux variables varient de manière strictement proportionnelle). Typiquement, les chercheurs ont trouvé, en fonction des études, des indicateurs d'agression considérés et des approches expérimentales utilisées, des coefficients situés entre 0,2 et 0,4. En termes mathématiques, cela veut dire que 5 à 15 % des différences comportementales observées entre les individus, en matière de violence, sont attribuables à la télévision. En termes qualitatifs, cela implique que le lien moyen associant images violentes et comportements agressifs a presque la même force que le lien unissant tabagisme et cancer du poumon. Ces deux liens sont eux-mêmes supérieurs à ceux observés entre l'absence d'utilisation du préservatif et le risque de contamination par le virus du sida, entre l'exposition précoce au plomb et la survenue de déficiences intellectuelles, entre la consommation de calcium et la valeur de masse osseuse, entre l'utilisation de patchs à la nicotine et l'arrêt des conduites tabagiques, ou entre l'absence d'administration de bêtabloquants après un infarctus et le risque de mortalité à court terme. Ceux qui allèguent que la relation unissant images et comportements violents est négligeable oseraient-ils affirmer que l'utilisation du préservatif a une influence minime sur le risque de contamination par le VIH, ou que le recours aux bêtabloquants a un effet dérisoire sur la survie des patients exposés à un infarctus du myocarde, ou encore que le fait de fumer n'accroît que marginalement le risque de développer un cancer du poumon? Je ne le crois pas. p. 210
37 En 1988 déjà, Le Point dénonçait un véritable « télé-massacre », après avoir demandé à un groupe de spectateurs de visionner pendant une semaine (du lundi minuit au dimanche minuit) l'ensemble des programmes des six chaînes de l'époque (TF1, Antenne 2, FR3, Canal +, La Cinq, M6) 1087. Au final, nos volontaires dénombrèrent: 670 meurtres, 848 bagarres, 419 fusillades, 15 viols, 27 scènes de torture, 9 défenestrations, 14 enlèvements, 32 prises d'otages, etc. Cette lourde tendance fut confirmée quelques années plus tard par une étude du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) 1088. Pour établir son propos, cette institution étudia à la loupe un peu plus de 109 heures de programmes représentant 194 émissions. Les résultats montrèrent que les spectateurs ingurgitaient en moyenne 2 crimes et une dizaine d'actes violents par heure, soit, sur une année, pour un téléphage typique passant chaque jour 3 h 30 devant la mire 146, près de 2 600 crimes et 13 000 actes violents. p. 213
38 Dans plus de 7 cas sur 10, la violence n'occasionnait ni remords, ni critique, ni sanction. De manière frappante, les programmes jeunesse n'étaient nullement épargnés. 70 % d'entre eux intégraient des contenus violents, à raison de 14 incidents par heure 1090. p. 213
39 Il fut alors montré que les œuvres les plus performantes du box-office américain étaient, à 90 %, porteuses de contenus violents. p. 214
40 La réponse la plus communément admise à ces interrogations renvoie au cher Dieu Audimat et à la thématique générale du « on leur donne ce qu'ils veulent [ ... ] ce n'est pas de notre faute s'ils sont aussi débiles». Dans ce cadre, la violence ne serait pas imposée par les chaînes, mais réclamée par le spectateur. L'argument a sans doute une certaine validité. Pourtant, il n'a rien d'exhaustif et semble oublier une large part de l'équation. En effet, plusieurs recherches récentes ont montré que les contenus agressifs et brutaux étaient, à travers le stress qu'ils imposent au cerveau, une véritable bénédiction pour les annonceurs. Monsieur Le Lay songeait d'ailleurs, peut-être, à ces recherches lorsqu'il évoquait, dans une saillie devenue culte, ces programmes susceptibles de « préparer» le cerveau afin de rendre ce dernier pleinement « disponible» aux coupures publicitaires . On sait notamment aujourd'hui qu'un individu soumis à des tensions émotionnelles enregistre mieux les messages qui lui sont imposés et s'avère plus aisément conditionnable. p. 215
41 Au plan philosophique, nous chérissons l'idée de libre arbitre. Nous aimons à penser que nos actions résultent de décisions conscientes et réfléchies. Malheureusement, cela n'est que rarement le cas même au niveau de nos comportements les plus basiques. Depuis 50 ans, les neuroscientifiques ont accumulé les évidences montrant que nos conduites sont constamment modulées par des facteurs environnementaux: dont nous n'avons nulle conscience. Il est maintenant clairement établi que notre cerveau passe son temps à traiter des informations sans « nous» le dire; et pour être franc, il s'agit là plutôt d'une bonne nouvelle. En effet, si tout ce qui transite au cœur de nos neurones devait atteindre la conscience, l'esprit se trouverait très vite saturé et incapable de fonctionner. Pour exécuter un simple mouvement de préhension, par exemple, il nous faudrait déterminer la trajectoire spatiale à emprunter, la vitesse à employer, les muscles à activer, les points de contact à utiliser, le nombre de doigts à mobiliser, la force de saisie à développer, etc. Ce serait impossible et il y aurait de quoi devenir fou. Pour s'en sortir, le cerveau n'a donc pas le choix. Il lui faut restreindre le volume d'information livré à la conscience. Cela implique, pour le dire très schématiquement, que la plupart de nos décisions sont prises sans que notre Moi soit informé. p. 217
42 À titre d'illustration, retenons juste deux études liées directement au problème de l'agressivité. Dans la première, les sujets étaient initialement confrontés à des listes de mots évoquant des comportements soit hostiles, soit neutres. Ils devaient ensuite infliger des décharges électriques à un inconnu (en fait un acteur) lorsque ce dernier répondait de façon erronée à une question qui lui était posée. Le niveau de décharge était laissé à l'appréciation des sujets sur une échelle de 1 à 10. Les individus du groupe «hostile» utilisèrent des niveaux de chocs en moyenne 50 % plus élevés que leurs congénères du groupe « neutre» (3,3 versus 2,2). Dans une seconde étude, à peu près similaire, les listes de mots présentées évoquaient les concepts de politesse ou de grossièreté. À l'issue de leur travail linguistique, les participants devaient signaler leur départ à l'expérimentateur alors que celui-ci se trouvait (pas de chance !) en pleine discussion. 63 % des individus du groupe « grossièreté » interrompirent l'échange, contre seulement 17 % des sujets du groupe «politesse ». p. 218
43 Dans une étude fréquemment citée, Kaj Bjorkqvist observa, par exemple, des enfants de 5-6 ans dans une salle de jeux, après que ceux-ci eurent visionné des vidéos neutres ou violentes. Les résultats montrèrent que les individus du groupe « violent » étaient significativement plus prompts à pousser, taper et provoquer leurs congénères que les individus du groupe «neutre». p. 219
44 Le même phénomène fut observé avec une population étudiante non délinquante. Celle-ci fut aléatoirement répartie en deux groupes, exposés, quatre jours consécutifs, à quatre films, soit violents, soit neutres. Au lendemain de la dernière projection, tout ce beau monde se retrouva engagé dans une étude comportementale n'ayant, apparemment, aucun rapport avec l'expérience cinématographique originelle. Lorsqu'ils furent placés en situation de nuire à l'expérimentateur, les étudiants qui avaient visionné les films violents se montrèrent substantiellement plus hostiles et agressifs que leurs congénères du groupe neutre. Ce résultat fut observé indépendamment du comportement initialement amical ou attentatoire de l'expérimentateur. Conclusion des auteurs : « Ces résultats montrent qu'une exposition prolongée à des films gratuitement violents est capable (a) d'entraîner une escalade de violence chez des hommes et des femmes ayant été provoqués, et (b) ce qui est peut-être plus important, de susciter ce genre de comportement chez des hommes et des femmes n'ayant subi aucune provocation. » p. 220
45 Plusieurs études longitudinales ont montré, chez l'enfant et l'adolescent, que les images violentes propageaient leur influence bien au-delà de la période de visionnage. Ainsi, par exemple, dans un travail récent, Dimitri Christakis et Frederick Zimmerman ont suivi près de 400 enfants afin de déterminer si l'exposition à des programmes violents entre 24 et 60 mois favorisait la survenue de comportements asociaux 5 ans plus tard (propension à mentir, tricher, désobéir, détériorer, répondre aux enseignants, etc.) . Après prise en compte du niveau initial d'asocialité et d'un grand nombre de covariables sociodémographiques, psychologiques et personnelles (âge, sexe, origines ethniques, éducation des parents, punitions corporelles, présence du père à la maison, stimulation cognitive, etc.), les résultats montrèrent, chez les garçons, que chaque heure de programmes violents consommée quotidiennement avant 60 mois multipliait par plus de 4 la probabilité d'observer des comportements asociaux, à échéance de 5 ans. L'effet se révéla non significatif chez les filles. Cette différence de genre ne fut cependant pas validée dans une autre étude, menée sur un échantillon plus important (1 266 sujets), par les mêmes auteurs, afin de déterminer si les enfants qui avaient le plus regardé la télévision à 4 ans présentaient, entre 6 et 11 ans, une tendance accrue à brimer et brutaliser leurs camarades de classe. p. 222
46 Dans ce second cas, par exemple, il fut montré que les 20 % de jeunes adultes masculins ayant consommé le plus d'images violentes entre 6 et 10 ans présentaient, par rapport au reste de la population de même sexe, 2 fois plus de chances d'avoir physiquement malmené leur épouse, 3,5 fois plus de chances d'avoir subi une condamnation judiciaire et 1,5 fois plus de chances d'avoir reçu une amende pour cause d'infraction routière (hors stationnement). p. 223
47 Durant les 50 dernières années, nombre d'auteurs se sont demandé s'il serait légitime d'ajouter à cette liste la progressive désensibilisation à la violence des individus téléphages. La réponse est aujourd'hui connue. Elle est clairement positive . En effet, il est maintenant établi que plus un sujet voit d'images violentes, moins il présente de réaction émotionnelle à ces images , moins il s'avère enclin (même s'il ne risque absolument rien) à porter secours à une personne inconnue victime de violence et moins il se montre empathique vis-à-vis des victimes d'agressions brutales. p. 225
48 Un travail de Charles Mullin et Daniel Linz est à ce titre particulièrement édifiant . Des étudiants de faculté furent exposés à un film d'horreur tous les deux jours, pendant six jours, soit trois films au total. Ceux-ci contenaient une charge particulièrement importante de violences sadiques dirigées contre des femmes. Trois jours après l'ultime projection, les sujets furent exposés à des vidéos dans lesquelles des victimes féminines d'agressions violentes réelles racontaient en détail leur calvaire. Les résultats montrèrent, en comparaison d'un groupe contrôle qui n'avait pas participé aux projections initiales, que les étudiants ayant été exposés aux films d'horreur ressentaient moins d'empathie pour les victimes, qui étaient volontiers présentées comme responsables de leurs malheurs. Ces victimes voyaient par ailleurs la gravité des traumatismes subis fortement minimisée. En d'autres termes, prenez des individus éduqués, soumettez-les à des images violentes impliquant des comportements sadiques dirigés contre une femme, et nos joyeux lurons finiront par vous expliquer sans rougir que les victimes de viols sont des salopes qui ont bien cherché ce qui leur arrive et que de toute façon, tout cela n'est vraiment pas si grave. p. 227
49 Nathalie est une femme active et débordée. Elle refuse néanmoins de laisser sa fille de 14 ans sortir seule dans les rues de Lyon. Chaque soir, par exemple, une nourrice vient attendre l'adolescente à la sortie de l'école. Nathalie avoue être inquiète « à cause de tout ce qui se passe ». Quand on l'invite à préciser le sens qu'elle donne à cette expression, cette mère attentive évoque «les fous en liberté, comme ceux qui poussent les gens dans le métro ». Elle mentionne aussi « tous ces viols et ces pédophiles. Et puis, il y a les bandes des banlieues, les chauffards, c'est vraiment dangereux pour une gamine, surtout si elle est mignonne». Est-il utile de préciser que Nathalie n'a jamais été agressée, violée ou victime d'un grave accident de la circulation et qu'elle ne peut nommer personne qui ait, au sein de son entourage proche, subi ce genre d'épreuve? En fait, tout ce que cette femme connaît de l'insécurité, des psychopathes de la route et des bandes sanguinaires qui hantent nos villes, elle le doit à la télévision. «Mais enfin, tu vis sur quelle planète, tu ne regardes jamais les nouvelles? » fut d'ailleurs sa réponse à la plupart de mes interrogations. Il faut dire que Nathalie est une téléphage convaincue. Elle « adore» les séries (Les Experts, FBI : portés disparus, Bones) et regarde le journal télévisé tous les soirs «pour, dit-elle, savoir ce qui se passe, parce qu'avec mon travail je n'ai pas trop le temps de lire le journal». Comme s'il était impensable d'utiliser les 30 minutes consacrées au 20 heures de TF1 ou France 2 à lire Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix ou Aujourd'hui en France. Le fait est bien connu : lire le journal demande du temps; regarder la télé, pas du tout ! p. 229
50 Dans le même registre, un autre travail permit d'établir que les mères qui ingurgitaient le plus de contenus violents ou criminels avaient tendance à surestimer le niveau général de criminalité et, par suite, à augmenter lourdement les messages de mise en garde adressés à leur progéniture . Ce résultat fait incontestablement écho à une autre étude montrant que des enfants soumis à des histoires de kidnapping affichent une peur plus intense de l'enlèvement . En accord avec cette observation, un travail assez ancien, que les comités académiques d'éthique interdiraient sûrement désormais, avait d'ailleurs pu montrer qu'il était possible d'accroître expérimentalement la crainte d'être victimisé chez un groupe de sujets exposés de manière répétée à des films d'action, naturellement riches en contenus violents. Comme si tout cela ne suffisait pas, il fut aussi établi que l'émergence d'un sentiment d'insécurité entraînait le développement de positions politiques largement conservatrices. En effet, les types programmatiques à teneur violente ou criminelle amènent les sujets, non seulement à surestimer leurs chances d'être victimisés, mais aussi (et surtout) à défendre, en matière de délinquance, la peine de mort, les politiques répressives et le droit individuel à posséder des armes. p. 231
51 Sur la décennie 1990-2000, aux États-Unis, les sujets consacrés à des affaires de meurtres augmentèrent de plus de 500 % dans les journaux des grands réseaux audiovisuels. Sur la même période, le nombre d'homicides constatés par le FBI chutait de 40 %. p. 232
52 Une étude réalisée sur plus de 2 200 écoliers de 8 à 11 ans indiqua, par exemple, après prise en compte d'un grand nombre de covariables potentielles, que les enfants les plus téléphages obtenaient des scores significativement plus élevés à des tests d'anxiété et de dépression. p. 233
53 À force de baigner dans un cloaque d'images violentes, faites d'enlèvements, de meurtres, de bagarres, de braquages, de tortures, de viols et de vols, le spectateur finit par se persuader que le monde est infiniment plus dangereux, plus perfide et plus brutal qu'il ne l'est en réalité. Cela pousse notre heureux quidam cathodique à prendre des mesures protectives, à clamer sa foi en la peine capitale, à acheter des armes et à afficher des opinions politiques plutôt conservatrices. p. 234
54 J'ai alors repensé à Cherie Blair, racontant dans un livre comment sa fausse couche avait été jetée en pâture à la presse par son mari Tony, pour des raisons de stratégie politique. «Je ne pouvais pas y croire, écrit à ce sujet Mme Blair. J'étais là, je perdais du sang et ils parlaient [Tony Blair et Alastair Campbell, son conseiller en communication] de ce qui allait faire les titres de la presse. J'ai posé le combiné et je suis restée là allongée, fixant le plafond alors que la douleur commençait à me saisir. » Comme l'a montré Corey Robin dans un superbe ouvrage, des individus capables de s'asseoir ainsi sur la douleur de leur femme et la mort de son fœtus, n'ont en général guère de scrupules à agiter le chiffon sécuritaire lorsque cela peut servir leurs desseins. La campagne électorale qui, en 2004, assura la réélection de George Bush au poste de président des États-Unis le démontre amplement. Durant les mois qui précédèrent le vote, chaque frémissement contraire fut contré par une opportune alerte terroriste. Lorsque le chef de la mission de recherche sur les armes de destruction massive déclara n'avoir rien trouvé en Irak, l'administration Bush répondit sous trois jours en annonçant un possible attentat à l'arme chimique contre les réseaux de bus et de trains. Lorsque des photos compromettantes surgirent pour dénoncer l'ignoble traitement infligé aux prisonniers d'Abou Ghraib, l'administration Bush répondit sous cinq jours en déclarant que la quasi-totalité des dispositions envisagées par Al-Qaïda pour attaquer les États-Unis était désormais opérationnelle. Lorsque John Kerry sembla remonter dans les sondages après avoir annoncé le nom de son colistier, l'administration Bush répondit sous deux jours en évoquant une attaque imminente d'Al-Qaïda, Lorsque la convention démocrate fut lancée à Boston, l'administration Bush répondit immédiatement en déclarant l'état d'alerte, au motif que des terroristes s'apprêtaient à faire sauter plusieurs cibles dans les États de New York et du New Jersey et à Washington DC. Toutes les télévisions du pays relayèrent bien sûr l'ensemble de ces communiqués inquiétants, qui cessèrent soudainement - est-il nécessaire de le préciser - au lendemain de la réélection de George W. Bush Jr. p. 235
55 Globalement, trois effets majeurs des contenus audiovisuels violents ont été démontrés : (1) désensibilisation: le spectateur apprend progressivement à tolérer sans sourciller des niveaux de violence de plus en plus marqués; (2) syndrome du grand méchant monde : le spectateur s'imprègne graduellement de la conviction selon laquelle le monde environnant est hostile et dangereux; (3) agressivité : le spectateur se comporte de manière plus violente et agressive, aussi bien à court qu'à long terme. p. 237
56 Premièrement, la télé exerce une action fortement nocive sur le développement (et le vieillissement) cognitif, le sommeil, la réussite scolaire, la santé, l'agressivité, la sociabilité intra et extra-familiale. Bien qu'il existe de (rares) bons programmes, il n'y a pas de « bon usage» du petit écran. En effet, lorsque celui-ci est accessible, les gens l'allument de manière syncrétique et ne parviennent pas (sauf cas très exceptionnels) à cibler précisément leur consommation. Cela est particulièrement vrai des enfants et adolescents qui très tôt se retrouvent exposés à des émissions totalement inadaptées. La meilleure solution me semble donc être, sans aucun doute possible, le zéro télé.
Deuxièmement, si une télé doit être présente dans la maison, elle ne devrait jamais se trouver dans la chambre à coucher, surtout chez un enfant ou un adolescent.
Troisièmement, pendant les cinq ou six premières années de vie, toute exposition audiovisuelle devrait être strictement proscrite par les parents tant la télévision trouble le sommeil, promeut l'obésité à long terme et interfère avec le développement intellectuel, affectif, physique et social de l'enfant. Les déficits acquis dans ces derniers domaines aux premiers âges de l'existence se révèlent bien souvent irréversibles. Le problème concerne aussi bien les expositions de premier (l'enfant regarde directement la télé) que d'arrière-plan (l'enfant est simplement présent dans la pièce lorsque ses parents regardent la télé).
Quatrièmement, chez les écoliers du primaire et les collégiens, le temps de télévision devrait, dans tous les cas, être maintenu en dessous de 3-4 heures par semaine (ce chiffre inclut bien sûr l'usage de vidéos). Les programmes visionnés devraient alors être dépourvus de contenus sanitaires à risques (alcool, tabac, violence, sexualité, alimentation). Les parents auraient intérêt à se montrer particulièrement intransigeants vis-à-vis des expositions publicitaires, que celles-ci soient de nature explicite (coupures) ou implicite (placement de produits). Enfants et adolescents ne devraient jamais manger devant la télévision, regarder cette dernière le soir avant de dormir ou le matin avant de partir à l'école. Il est clair que les jeunes ont parfois accès à une télé chez leurs amis. Cette possibilité de consommation est toutefois limitée et elle ne justifie nullement que soient éliminées les règles d'usage à l'intérieur du foyer.
Cinquièmement, les adultes majeurs et vaccinés font ce qu'ils veulent, cela ne concerne personne. Que ces adultes n'oublient pas cependant que la télé est un facteur d'isolement social et qu'elle expose le spectateur à des risques morbides majeurs par sa propension à favoriser la sédentarité, le déclin cognitif inhérent au processus de vieillissement, l'apparition de pathologies cérébrales dégénératives (Alzheimer) et les conduites à risques (tabac, alcool, violence, sexualité).
J'espère que chacun pourra trouver dans ces recommandations de quoi nourrir sa réflexion. À titre personnel, je ne peux que former le vœu d'une prise de conscience collective par laquelle serait à jamais révoqué le pouvoir exorbitant dont jouit aujourd'hui la clique des vendeurs de cerveaux. À la lumière des données scientifiques disponibles, il me semble impensable que nous continuions à confier nos enfants plus de 2 heures par jour aux influences d'un média aussi profondément nuisible que la télévision. Celle-ci porte directement atteinte au développement humain dans toutes ses dimensions intellectuelles, affectives, sociales et somatiques. J'espère que cette réalité pourra être entendue. Si elle ne l'est pas, au moins, ne pourrons-nous plus dire que nous ne savions pas. p. 246